- L'Ordre du Temple, les Templiers :
L'Église romaine tente de sortir de la crise qu'elle a connue au début du Xe siècle. Le clergé a perdu de son prestige : il se prête aux simonies et au nicolaïsme et sape ainsi l'autorité morale de l'Église. Le mal est grand et profond, au douzième siècle...
En 1107, le roi Philippe 1er, avec le consentement du pape Pascal, expulse les religieuses de Saint-Éloi, à cause de leur impudicité. En 1119, le pape Calixte II excommunie les simoniaques, ceux qui exigent de l'argent pour administrer les sacrements, et interdit le concubinage aux prêtres, aux diacres et sous-diacres. En 1127, le pape Honorius renouvelle les mêmes défenses. En 1129, Suger expulse de leur couvent les religieuses d'Argenteuil, à cause de leur mauvaise conduite, au nombre desquelles se trouve Héloïse, femme d'Abélard théologien, philosophe et compositeur français, père de la méthode scolastique considéré comme hérétique au vu de ses positions théologiques et doctrinaires sur la question de la trinité.
Les premiers objectifs du concile de Clermont sont donc de tenter de poursuivre l'½uvre entamée par Grégoire VII afin de restaurer une certaine rigueur : Urbain II est issu du mouvement clunisien et réaffirme les grands principes édictés par ses prédécesseurs : la « trêve de Dieu » et la « paix de Dieu ». Plus largement,
la Paix et
la Trêve de Dieu sont une tentative de contrôle de la violence féodale par l'application de sanctions religieuses. Ce mouvement a constitué la première tentative organisée de contrôle de la société civile dans l'Europe médiévale par des moyens non-violents. Il débute en 989 et a survivra sous des formes variées jusqu'au XIIIe siècle
Mais les dernières années du XIe siècle sont une succession de mauvaises récoltes et le peuple, encouragé par certains prédicateurs, y voit une punition divine et un appel à la pénitence.
Leurs actions
Dès lors, des centaines de nobles, de milliers de vilains, et même certains rois confient la protection de leur richesse, de leur Terre, de leurs réseaux routiers, aux milices frappées de la croix rouge. D'autres dans les mêmes proportions prêtent serment et rejoignent les rangs des troupes ou des chevaliers moines. Car ne l'oublions pas, il s'agit bien d'une armée à la tête de laquelle commandent des moines armés qui ont fait v½ux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Deux théâtres d'opérations militaires : l'Orient et l'Occident.
En orient, les Croisades causent des milliers de morts. Sarrasins, et templiers se disputent sans cesse la moindre parcelle de terre. L'Eglise n'a pas, à l'évidence, mesuré les pertes en vie humaine que ses guerres provoqueraient. Elle n'a pas non plus pensé que certains cadets de la noblesse, dépourvus de bien par droit d'aînesse, vont pour leur profit personnel s'allier avec l'ennemi, n'hésitant pas à poignarder leurs frères.
A cette époque en ces lieux éloignés,
la Terre Sainte est piétinée, déchirée par la haine, les massacres, les pillages et les viols, mais encore par la trahison, et la barbarie d'hommes et de femmes qui de toute façon n'ont rien à perdre. La rédemption de leurs péchés leur est déjà accordée... et les trésors des pillages leur reviennent...
En Occident, les Templiers ne prennent part à aucun combat (excepté contre les musulmans en Espagne et au Portugal). Ils sont en place pour réaliser une grande ½uvre civilisatrice, une mission sociale plus importante que les croisades : Ils vont nourrir les hommes, les protéger, les instruire, développer leur commerce et leurs relations et enfin les aider à construire leur spiritualité. Une spiritualité dont le vecteur est celui de
la Foi et non celui de la connaissance.
Pour rassembler les fidèles, l'ordre lance les grandes constructions, des constructions qu'il finance à lui tout seul : C'est l'essor du style gothique issu de l'ordre cistercien de l'abbaye de Cîteaux, vous avez bien entendu : encore Cîteaux. En 2 siècles 200 cents églises laïques sont construites et ce sont des églises pour le peuple, ainsi que la majorité des principales cathédrales et des abbayes... soit plus que durant les 7 siècles à venir !
Les templiers patrouillent sans cesse le long des routes marchandes, ils sécurisent les échanges, permettent la mise en place d'un commerce à l'abri des bandits de grands chemins. Les commanderies templières, en dehors de la juridiction royale, ne sont pas soumises aux taxes et impôts. Les artisans et les commerçants y affluent. Ils inventent la « lettre de change ». Cryptée et infalsifiable, elle est l'ancêtre du chèque. Elle permet dès le XIIe siècle de déposer de l'or dans une commanderie et d'en retirer l'équivalent dans une autre et ce jusqu'à Jérusalem. Tous ces échanges de biens et de personnes jusqu'en Orient véhiculent aussi les modes de pensées. Le pont culturel entre l'Orient et L'Occident prend un envol considérable avec l'Ordre et ceci malgré les Croisades dévastatrices.
Les Templiers sont aussi à l'origine des noms de famille. Le nom que nous portons à certainement pris naissance à cette époque.
Leur action est semblable dans toutes l'Europe. De L'Ecosse jusqu'en Espagne, l'Ordre du Temple unifie les peuples. La communauté européenne existe déjà au XIIe siècle et s'étend au-delà de
la Méditerranée ...